La Main du Vent

Voir le mont Fuji
Ce grand seigneur des estampes
Et ne pas mourir

 

Raison de mourir
Quelle raison de mourir
Déraison de vivre

Les mers du Japon
Sont si loin dans nos esprits
Si proches pourtant

 

Ma belle Lozère
Méandres du Chapeauroux
Pont de Granouillac

Méditerranée
La lumière apprivoisée
Chaudière d’orgasme

 

Beaux bovidés boivent
La bonne eau de l’abeuvroir
Ça veau c’que ça vaut

Rouler à vélo
En campagne de Hesbaye
Regard d’émouchet

 

Mouton poussiéreux
Concentré de nos passages
Tu pais le lino

Bruit d’ailes d’oiseau
Un merle vient d’atterrir
Il est mécontent

 

Les oies sont aucunes
À l’instar d’un bourg mosan
Les jars se disputent

Nuages moutonnants
Votre ombre sur nous tous plane
Gardez vos chagrins

 

Paysage gris
Hachuré de hallebardes
Tu me brouilles l’œil

Moineaux buissonniers
Quel bel ensemble dans l’air
Bruyant phalanstère

 

Mouettes sur le pont
La rambarde starting-block
Notre garde-fou

Non loin de mon cœur
Se pose une coccinelle
Sept bons points de vie

 

Soleil inutile
Je ne sors pas de chez moi
Tu n’as pas de sens

Ensoleillement
Doucement l’univers passe
Deux canards sur l’eau

 

La photo sourit
Des beaux enfants de jadis
Battements de cœur

Elsa va nu-pieds
Elle parle à sa poupée
Monde mis en scène

 

Arthrite ou arthrose
Le temps passe et grave en nous
Des cristaux d’urée

Balance des ans
Barbe coincée au fléau
La Mort milligramme

 

La femme et les poulpes
La goutte au bout de ma langue
Hokusai obsède

Jeune femme brune
Qui préparez mon sandwich
Blancheur de vos dents

 

Jeune fille brune
Qui farcissez mon sandwich
Qui va vous manger ?

Vos doigts sur mon sexe
Ont pressenti la raideur
De mes sentiments

 

J’ai le bras bronzé
Bon début mademoiselle
Mais je fais chou blanc

Ventre et seins de femme
Aux contours des cumulus
Rêve effiloché

 

Fenêtre tableau
J’y vois le monde repeint
L’avion qui traverse

Fer à repasser
Dressé fier en bout de planche
Surfeur et requin

 

Lendemain d’orage
Débris sur le bras du fleuve
Les oiseaux sont calmes

Étrons dans la Meuse
La grande chiotte urbaine
S’y baigne le rat

 

Le vent levé tôt
Court attraper l’autobus
Mauvais numéro

Sachet de plastique
Entraîné par la bourrasque
Racle la rigole

 

Horrible urinoir
Aux pieds de la cathédrale
Phosphores chanteurs

Moche vespasienne
Aux pieds de la cathédrale
Suceurs de croûtons

 

La simple fourmi
Sur la feuille neuve et verte
Un moment chemine

Bleu du ciel des vêpres
Océans imaginaires
Pour la nef des fous

 

Dans le fond de l’air
Douceur et fraîcheur mêlées
Un rat court au sol

Nature est bien faite
Les ichneumons pondent dans
Les grasses chenilles

 

Nature est mal faite
Les vieux cons répandent des
Pets nauséabonds

Le canard sur l’eau
Profite au mieux de l’averse
Moi sur le rivage

 

Moisir à loisir
Champignon du pied de l’arbre
Hypholome en touffes

Chanson qui revient
L’un après l’autre les ans
Font rire et pleurer

 

La Sainte-Marie
Apportera le soleil
Roulotte gitane

J’erre au fil de l’eau
Tout est calme c’est l’été
Héron sur la rive

 

Vive le bon vin
Il embellit notre vie
Fuyez les mouchettes

Whisky écossais
Du talisker bien tourbé
Flammes de l’enfer

 

Bath bracelet-montre
Fait par le génie helvète
Prisonnier du Temps

Découragement
Il est tard Je deviens vieux
Mon suif a brûlé

 

Je suis ton poème
Amputé des lendemains
Apprenons à lire

Poète oublié
Qu’as-tu d’humain sur les mains
Du sang dans les strophes

 

Poème et jeunesse
Les plus beaux ciels dans les yeux
Poids de solitude

La saison des moules
Va bientôt recommencer
Il est bon de vivre

 

Je respire un livre
Sa poussière en mes poumons
Fer d’hémoglobine

Chemise qui pend
Fantôme gris de moi-même
Tu repasseras

 

Ô moi-même ô moi
Miroir de tous les émois
Au Soudan la faim

Entendez ma voix
L’alouette sur les champs
Flotte en sifflotant

 

Soleil attendu
À peine t’es-tu montré
Que l’âme a mué

Bonjour beau Soleil
Nous n’avons d’yeux que pour toi
Mais tu nous les brûles

 

Zinzinule-t-elle
La mésange de charbon
Le terril se tait

La fausse hirondelle
En terre cuite au mur fixe
Imite la vraie

 

Ciel crépusculaire
Rythme coloré des nues
Soudain tout est gris

La nuit vient si vite
Mais tout ne disparaît pas
Du Berger l’étoile

 

Le poireau têtu
S’échevelle sur le sol
Prière à la pluie

Temps d’avant l’averse
Frémissement chair de poule
Triste catastrophe

 

Rester à l’abri
De la tristesse perdue
L’orage a grêlé

Lumière orageuse
Les bonsaïs ont tressailli
Au loin sous la foudre

 

Épée au ciel jaune
Fracas dans l’étouffement
Éclair de tonnerre

De tous ses soleils
Juillet ne tient pas promesse
Parapluie ouvert

 

Merci à la pluie
Grâce au gris désagréable
Les potamots poussent

Comme un del Dongo
Quitte la pièce où tu vis
Et c’est Waterloo

 

La petite école
Le verger de mon enfance
Une illustration

Le feu dans le blé
Sale gamin pyromane
Gifles dans ta gueule

 

Kilos d’enculés
Ankylose d’éculé
Rêve d’être ailé

Rêve d’être ailleurs
Où n’existe pas le bruit
Que font les ouatures

 

Des cris sur la digue
Mer et mouettes furieuses
Des cris de beatniks

Table de chevet
Port camouflé de mes rêves
Pavillon pirate

 

Carrefour en croix
Y laisser un escargot
Traverser la route

Moustique qui piques
Petit vampire assoiffé
Repos citronnelle

 

Le chien du coiffeur
A trois mois s’appelle Oscar
A pissé par terre

L’arbre flegmatique
Debout face aux quatre vents
Tout ébouriffé

 

Arbres rassemblés
Non loin de moi fiers gardiens
De la chlorophylle

Dessin décalqué
Aujourd’hui c’est comme hier
Piquets de clôture

 

Il pleut Les gens marchent
Sans voir nulle différence
L’image a déteint

Ni début ni fin
Je marche dans le présent
Merle et ver de terre

 

Vide de ma tête
Différents gris dans les nues
Seuil de la pensée

Tous ces tons de vert
Sinople de la nature
Je porte de gueules

 

Habillé de rouge
Je marche attirant les yeux
Des boutons de roses

Homme au polo rose
Aux yeux verts de l’infini
Le soleil t’embrasse

 

Entre chien et loup
Le panorama s’efface
Demain il fait jour

Dans le noir il pleure
Ce monsieur à l’air sérieux
Du bon cinéma

 

Franz Schubert ce soir
Un lied avec clarinette
Le grave et l’aigu

Porté par les notes
Sa mélodie en accord
Le monde entre en moi

 

Piano le soir
Bercé le cœur se relaxe
Fait silence et dort

Philip Catherine
Philippe Aerts Antoine Pierre
Liège Août Deux Mille Onze

 

Mon vieux chaton blanc
Ton regard dans ce poème
Haïku aux yeux jaunes

Hautbois de mon cœur
La fleur du Temps suspendue
Händel hypnotise

 

La lâ du baroque
Des chants un peu casse-pieds
Bach catalaunique

Un jour tel Ötzi
Nous serons pris dans les glaces
Pains d’adipocire

 

La trotteuse trotte
Au pourtour d’éternité
Curieux manège

X millions d’années
Dans notre dos disparues
Rire de fossile

 

Pas bien réveillé
Pris la tête dans la toile
Colère araignée

Qui vient quémander
Quel mendiant chien m’importune
Mon ventre grossit

 

Joli dentifrice
Tu me rappelles mon âge
Crâne de squelette

Perte de cheveux
Vieil ex-pileux déplumé
À mue avancée

 

Mon âme apparaît
Elle flotte sur l’étang
Rêve salamandre

Trois jeunes gaillards
Lançaient des galets sur l’eau
Nautisme gratuit

 

Soleil déclinant
Frise le toupet des arbres
Oiseaux bigoudis

Ma respiration
Ce flux ne s’interrompt pas
Même après ma mort

 

Curieux corps humain
L’âme ne réside pas
Dans ton médiastin

La sardine à l’huile
Me retourne l’estomac
J’ai le mal de mer

 

L’aliment pourrit
Nous n’en profiterons pas
Ô joie de la mouche

Songe du présent
Dos de tortue immobile
Croquante laitue

 

Rue Mississipi
Qu’à Liège on appelle Espiègles
Rue Quatrî-Quatrèsses

Saint-Denis La flèche
L’inondation de Vingt-Six
Me montre Izoard

 

Les vieux et leurs chiens
Promenés en bout de laisse
Des crottes au parc

Rythme de la fille
Qui court coudes en dehors
Quai tout retourné

 

L’araigne a eu peur
Elle s’est racrapotée
Derrière un objet

Rouges araignées
Vous courez sur le béton
Êtres minuscules

 

Calligraphe aveugle
Peinture noire des lettres
Étoile inventée

Visage en miroir
Le tain d’y voir fuir le Temps
Des cernes des rides

 

Terrasse le soir
Personne ne m’aperçoit
Je suis de cristal

Phares des voitures
Qui tournez le crépuscule
Feux follets modernes

 

Mets ton clignoteur
Son cliquetis métronome
Virage annoncé

Cet encrier noir
Renversé sur l’alentour
La Nuit Tout s’efface

 

La chauve-souris
Vivace active et frêle ombre
Agrafe la nuit

Dans le jardin vert
L’ombre rare d’un jour d’août
Le crapaud coasse

 

Oiseau à lunettes
Taciturne en bord d’étang
Ouette d’Égypte

Ça frémit dans l’onde
Serait-ce un poisson qui gobe
Ou la main du vent

 

Soleil de Juillet
C’est ta générosité
Que l’on méconnaît

Brûler d’un feu neuf
Mois d’Août de tous les soleils
Le rut léonin

 

L’œil s’emplit du vert
Que tous les arbres déploient
Étendards des âmes

Parterre de fleurs
Si joliment étalé
Sommes-nous en ville ?

 

Un roi à cheval
N’a pas traversé le parc
Bloqué dans la pierre

Voisins hollandais
Avec vos maisons tractées
Affreux limaçons

 

Bataves voisins
Avec vos maisons tractées
Vils colimaçons

Souris de vieux chien
Le plaisir de trottiner
Derrière son maître

 

Le souffle coupé
D’avoir couru comme un fou
Le vieux chien sourit

Près du bord de l’eau
La canette et ses petits
Le printemps si tendre

 

Mort soûl dans le parc
L’ivrogne dès le matin
Flatte sa canette

Cent quarante-sept
C’est sept au carré fois trois
Haïku : dix-sept pieds

 

Très riche Isabelle
Tu détiens un grand trésor
Ta mer et ton île

La peur de la peur
La vie est pourtant si courte
Bon rire et bonheur

 

Mignon hérisson
Enroulé près du compost
Sommeil hivernal

Gros loirs nous dormons
Lors que nous n’agissons plus
Coule encor le fleuve

 

Ma mère la Lune
Tu m’as protégé longtemps
Maintenant : Soleil

Village de Fooz
Une vache meugle au loin
Cimetière calme

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