C’est lui le fameux rossignol
Que son chagrin motive au coucher des beaux astres
Chanter siffler trisser la mélodie
Du bonheur sans lendemain sans espoir
Il s’en charge au lever de la lune aux plis du ciel bleui
Écoutez sa parole elle sera trop brève
Mais quelle ardeur pourtant dans ce frêle gosier
Perché sur sa branche chiffonne il ignore les fruits
Que portera l’été dans d’autres hespérides
Aveugle de naissance il n’est que dans sa voix
Syrinx du cortège des fées Pipeau de bacchanale
Phénomène sylvestre effacé par la Nuit
Chante dépêche-toi que s’envole ta plainte
Ta complainte de crainte et d’effroi qui t’enchante
Chante à t’en décrocher le bec
Qu’il tombe en deux petits morceaux grisâtres
Sur le sol de la forêt dans la mousse au pied des chênes
Et que ta bête tête sans rostre et sans bouche
Soit la deuxième petite lune de ton crépuscule
Qui actionne ta tristesse d’automate mais
Sans ton clapoir qui dans les hypnes aura chu
Comment vas-tu chanter ce soir
Pauvre lusciniol pauvre guignol
Marionnette sans fils ton œil roule de tous côtés
Va dormir dans ton nid où peut-être tu trouveras
La corne de rechange pour ton outil de renommée
Sinon tu n’auras plus d’autre solution
À la condition que tu te laisseras souffler dans le postère
Que d’t’engager dans la marine
En tant que sifflet de maître d’équipage
C’est aussi un rossignol
Moins fameux

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PLUS QU’UN SOUVENIR

Je ne suis pas assez vivant
Je me perds dans le monde
Il fait un temps de chien et de canard
C’est le treize novembre deux mille dix
Sur quoi écrivaient les poètes du 12ème siècle ?
La Dérivation de la Meuse a enflé
Et charrie toutes sortes de déchets
Mon cœur une riquette s’en va aux encombrants
Le Quai Mativa voudrait se taire
Face à ma peine
Je ne suis pas encore assez Vincent
Je suis père et grand-père et mari immonde
Il fait sur la berge un temps de bernaches et de colverts
C’est bientôt le quatorze novembre même année
À quels émois rêvait Peire Vidal il y a huit cents ans ?
Le Pont de Fragnée aime le Pont Albert qui est bleu de lui
La Meuse ne débordera pas
Grâce à sa dérivation
Je pense à ma chatte Capucine
Qui me fait les yeux doux et verts quand elle me voit
Le Thier-à-Liège c’est le tiers de ma moitié
Le quart de ma peine
Sur le pont dans la tourmente
Les jours demeurent et je m’en vais
Pareil aux poètes et à la morte feuille

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LALIE

Est-elle ce matériau brut
Trop poli pour être honnête
Cette brutalité du rut
À ne pas mettre entre les mains
À ne pas naître entre les nains
Est-elle étincelle qui s’éteint seule
Est-elle matière à crétins isocèles
Le soir au bond des fois
Était-elle avant nous avant je
Tétait-on tutoyait-on tâtait-on
Cette pucelle Oh ! là là Lalie
Nous jette-t-elle un sort
Est-elle belle ou bombe ou corps de texte
Ou cor de chasse ou de Roland
Est-elle telle une souillon
De l’encre sous les ongles
Victime de ses faux prophètes
Martyrisée sur le bûcher des vaniteux
Est-elle ce paquet de cendres
Entièrement froidies
Elle est si chaude pourtant
D’un galbe idéal de statue
Lisse et offerte et verte et bronzée
Elle est si raffinée si pure
Que le blanc devant elle est gris
Que la limpidité de l’eau se trouble
Qu’elle se livre éperdument
Entre les doigts contre la chair
Et dans la tête ouverte et fécondante
De son chéri depuis toujours
Celui qui ne la laisse pas en laisse
Qui la dénomme et la délivre
D’entre les mains qui la tenaient captive
Des félons imitateurs pervers
D’Elle la Poésie la si belle Lalie
Nul ne la lie
Que tous y lisent
La liberté de son poète
Son ciseau sa plume
Son marteau son burin
Son bourrin son étau
Son chevalier servant
Son amoureux sirvent
Son docteur d’oc
Frotté d’ail et de sons d’oïl
Qui lui suce jusqu’à la moelle
Et file le parfait coït
Pour l’éternelle qu’elle est
La sainte cantilène
De mon beau parler franc
De trouvère de l’ère moderne

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COURAGE

Je vais passer à travers le cerceau enflammé
Je suis un lion paresseux mais brave
Et non un tigre de papier
Je rugis quand le soleil se montre
Dans le feu j’aperçois le reflet de mon âme
Ma gorge est chaude ma langue véloce
Je suis au cœur du présent
Je vis dans le désir et je sais
Que l’amour mon maître m’a dit
Saute Vas-y Yââ C’est le moment
J’ai cette furieuse envie de tout le dévorer
Mais
D’un seul et prodigieux
Magnifique bond
Je traverse le cercle de flammes
Et de l’autre côté
Je suis devenu celui que je cherchais
Dans l’ombre et la lumière
Et que j’incarne dorénavant
De la crinière à la queue
Toute honte bue
Sans peur et sans férocité

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Au-delà de notre chair attendrie
Ou que le Sort de ses doigts de sorcier croche
Par delà la Providence qui nous recrache
Il existe de malchance enrichie
Les déchirements de nos vies
Qui sont cette matière en souffrance à travers le Temps cet incongru
Nous ne sommes plus définitivement Et pourtant nous portons
Le crochet crucifiant qui nous trifouille à vif
Et que nous retournons dans la tombe contre nous
Par delà le possible et les mauvais choix
Du dedans de nos aveuglements
Avec tout ce doute qui s’écoule tel un sang d’hémophile
Et nos lèvres crevassées recouvertes de dermophile indien
Parlerons-nous à nos futurs inconditionnels
Reviendrons-nous tourner lémures du bout du trou des limbes
Y aura-t-il comme un bâton pour enrouler ce qui de nous traîne toujours dans l’inaccomplissement et le restituer à la foire des vivants et des morts
Sur nos os durcis par les fractures les cals font les petits miracles de la corporéité
La démangeaison de temps d’orage de la bête qui n’imagine que sa propre éternité
Le tronçon de lumière de l’espoir que recoupe la tempête
Et ce sifflement qu’on entend venir de loin
Le suprême acouphène de la faux qui soudain
Nous oblige à faire un pas de côté
Pour nous précipiter dans l’au-delà
De l’idyllique au ridicule
De notre cher et tendre ici-bas

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LIMOUSINE ÉTERNELLE

Tante Ursule acheta une auto
Nous en fûmes comme deux ronds de flanc
Et les yeux en billes de loto
Tante Ursule conduisait Épatant !
Papa sortit l’appareil photo
C’était l’été soleil chauffé à blanc
Un ciel polychrome à la Giotto
Promettait plus d’un émerveillement
Sur ma tête roulaient les totos
Ma tante déclara : « J’ai pas le temps »
Elle devait courir à l’hosto
Au chevet de René son époux égrotant
Soulager la douleur d’être veuve bientôt
Mais le sort le voulut tout à fait autrement
Tantine s’écrasa contre un bête poteau
Du genre à détester les chauffeurs débutants
Nous mîmes sur sa tombe un superbe ex-voto
Qui dit ceci : « Ursule était l’as du volant »
Ma tante eût trouvé ça sûrement rigolo
Mais René pas du tout il mourut juste avant
Qu’on extirpât Ursule de la DeSoto

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Seul comme un catafalque
Ignoré comme un radis blanc
Toisé comme un petit gamin
Seul comme
Seul comme un cataplasme
Méprisé comme un poète
Dégagé comme un importun
Seul comme un
Seul comme un
Seul comme un con
Mort sur son catafalque
Un napoléon sans pantalon
Un timoléon sans édredon
Iguanodon qui quoi où donc
Désabusé comme antabuse
Désappointé comme un zéro
Désaffecté comme un métro
Mais trop seul
Trosseul kom in kon
Que l’on défalque
Et c’est cata
Strophe en apo
Cœur en apnée
Amour ratatiné
Malheur à tartiner
Seul comme un catamaran
De haute mer
Seul
Fatidique et tigué
Fariné plein du bec
Et seul
Malheur au mal aimant

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Voici le sort funeste englouti par ma force
Le monde s’ouvre à moi dans des cris de plaisir
Il existait donc bien ce printemps qui s’efforce
À pousser en chacun les chances à saisir

Je suis pourtant encor trop souvent imparfait
De l’automne malade en moi poussent colchiques
Et dans l’hiver tremblant n’ose me rebiffer
L’été si lent m’est loin le soleil du Mexique

Mets mon doigt dans ta bouche ô fidèle lecteur
Et toi lectrice avide avale mes poèmes
Car ils sont de ma main du destin réflecteur
Preuve que nous aimons le sexe et les je t’aime

Je vais aller dormir ce soir de solitude
Entre mes draps de lit entre mes doigts de pied
Où j’habite et j’élude entre autres ce que tu d-
Emandais de mon cœur cocotte de papier

Dans ma boîte de nuit d’appartement désert
Mes choix m’ont isolé Je ne vois plus personne
Juste fatalité qu’on propose au dessert
Et qui vous refroidit quand le son du glas sonne

À bientôt monde immonde à carcasse d’insane
Je suis un homme vert qui renais en avril
De coudrier ma verge étend sa sarbacane
Caché derrière un tronc je souffle un dard viril

Vous m’aimerez vingt fois dans vos blanches nuitées
Ma chère à chair mordue aux mines de sorcière
Le sel de votre vulve à ma lèvre a suinté
Et je m’enivre enfin de l’amour insincère

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Angèle Joséphine

Pauvre beauté finie on ne vous aime plus
Pour la grâce qui point de vos doux avantages
Tout juste si l’on vous accorde un petit Lu
À tremper dans le bol où l’on sert le potage

Il est fini le temps que vous régliez le flux
Des amants des maris dans votre lit en stage
Vous devenez pas belle et même moche en sus
Vous vous dirigeriez plein vent vers le grand âge ?

Vous vous rîtes de moi qui fus dans les sublimes
M’avez abandonné votre mépris tendu
Alors que je baisais comme on frôle l’abîme

Votre cou délicat maintenant distendu
Triste petite chose on ne peut plus coquette
Vous aurez la laideur pour ultime conquête

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Dans l’entre-deux des déserts et de la mer de glace
Il ne se trouve que la pierre qui saigne ou l’ours mal léché
Dans la fonte des banquises sous nos cœurs décongelés
Toute une vie nocturne agite ses sentiments en substance

Traînées dans le sable comme des indices de maternité
Les sentinelles du futur et de nos désespoirs tirent à vue d’œil
Sur les insubmersibles et les incontinents alors que l’âme
Cette perruque d’ange flotte méduse entre deux eaux

La soif d’anciens prophètes allongés sur leur style et leurs pistils
Allonge le pas de l’ombre altérant les gerboises sauteuses
L’immensité nouvelle de la neige et du flocon d’avoine
Recouvre d’un manteau d’acier la solitude des sanglots

Viendront des nuits carrées où rien ne tournera
Les cadrans solaires n’auront plus le pouvoir de l’emporte-pièce
Des cauchemars d’océan ravagés par des minutes éternelles
Nous tiendront éveillés dans la frigidité morale du vécu

Faites qu’il ne demeure sur la place impudique du peuple
Qu’un poil de barbe de gargouille et trois cents vers de terre
La lubricité des arènes et des gerbes de girandoles
Faites que ne dépasse plus notre manche de la veste

Un seul crétin vous ment et tout est défini
Que la femme qui n’existe qu’en statue de sel un beau jour
Se réveille en mes bras sur le pont du cargo
Dans l’entre-deux du lit désert et de l’amère grâce

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