L’EXTRACTEUR DE DESTIN

Entre les jambes de ses choix
Né dans les roses ou les choux
Mort par l’épine et pour des clous
Cet homme triste reste coi

Il marche à peine il tombe à plat
Aucune artère pas de veine
Ne mène au-delà de sa peine
Sa langue c’est du charabia

Baisers de paille ou d’organdi
Chrême d’amour sur son beau front
Lézard s’admirant le chorion
L’aura d’un dégrandi Gandhi

Il ne court plus que vers la tombe
La vie avec de grandes dents
L’a eu par du rentre-dedans
Au trou temporel il succombe

Du gouffre l’arrachera-t-on
Avant qu’on ne jette la terre
En travers de ses masséters
Et qu’on le foule aux ripatons

Remodelez-lui le destin
Rendez-lui son cœur de jeune homme
Que le malheur que nul ne nomme
L’oublie au cours de ses festins

Enlevez-lui son infortune
Il enfilera sa prothèse
D’âme moignon pour être à l’aise
Omnipotent comme Neptune
Craint dans tout le Péloponnèse
Et que personne n’importune

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Vous ne me vendrez pourtant pas
Vous ne me voudrez surtout pas
Vous pourrez me voir comme un stigmate me toucher
J’apparaîtrai partout où l’on ne m’attend pas

Je me promène devant la tombe de Conan Doyle
Je vois cette campagne anglaise
Alfred le Saxon
La cathédrale de Salisbury
Le port de Ramsgate

Vous ne m’aurez pas de sitôt
Vous ne mourrez pas en même temps que moi
Vous mentirez sur votre âge de pierre
Vous aurez en bocal votre beauté confite en dévotion

Je cours sans savoir le passé et son noyau de prune
Je chemine avec en bouche le goût d’abricot de ma vie
La complainte et la marrade
La marmelade et la compote
Celles qu’on pelote le cœur en rade

Le lilas revient comme un fantôme de Verlaine
Le cotonéaster est un Rimbaud décoratif
Ne tirez pas sur le renard dans les topinambours
La savane portative des grands jours de poète

Voici un peu de neige au fond de mon verre
C’est le restant de l’hiver qui coule de février
C’est la fièvre qui brûle et l’enfer qui froidit

Monte ô ma belle physionomie jusqu’au ciel
Grimpe à l’échelle des plaisirs interstellaires
Tu seras la première à entrer aux anneaux de Saturne
Tu te rigidifieras en bloc nivéal
En poussière calcifiée En minéral plombant les atmosphères

Je dépasserai la voûte céleste
J’atteindrai l’inatteignable téléphone de Karl Marx et de Trotski
À la révolution des planètes
Je serai comme toujours le nain nihiliste le prude prudent anarchiste

Ma lavette spatiale lavera les comètes
Vénus sera ma truite et Junon ma grenade
Je vous offrirai des calembours et des mitaines
Je me mythifierai jusqu’à la moelle
Je vous entrebâillerai jusqu’à devenir mol sapiens manigancé

Je saurai tout tout blanc comme un saurien saugrenu

Quand je ne serai plus Le fruit et le bruit de ma mort
Vengeront la mémoire que j’eus de ma propre et infinie tristesse
Mon nom roulera dans la bouche des petits écoliers
Pareil à un juteux caillou de réglisse et de menthe
Tel un zan aux enfants délectés distribué suçoté
Proféré par la beauté de ces chéris jusqu’à redevenir
Ce que je ne cessai jamais d’être

L’immense et profanateur trouvère aux trous sans fond du voisinage
De la langue éphémère et renouvelée
Du laurier-rose et du cynorhodon
De la courte échelle à la courtepointe
Des crucifix de cruche et de calvaire
Aux saintes Marie fluorescentes

Vous ne m’aurez jamais
Ô Déveine devine ce qui t’attend
J’ai dans ma gibecière de non-chasseur
Le nom du Dr Watson comme un talisman

Dans le ferry à l’abri des pickpockets
Je bois dix bières et douze single malts
Les deux doigts dans le nez
Le main dans le culotte
L’œil vitreux d’un pleuronecte

Vous ne viendrez jamais plus me voir
Vous ne m’embrasserez plus jamais non plus
Tant pis
Tant de dépit
Vous ne me vanterez surtout pas
Vous ne me hanterez pourtant que plus

Vous m’enterrerez sans me revoir comme une main blanche de poète
Qui n’a jamais travaillé de ses mains

Avalez ma semence ô lampadaire de la Virginité

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BALLADE BOUTE-EN-OÏL

Je vais vous concevoir un monde
Avec des riens des riens du tout
Vous montrer que les mots s’émondent
Si on les taille à de bons bouts
La phrase flexible en bambou
Peut se dresser communément
Atteindre des zones tabou
Plus magnétiques qu’un aimant

Suffit qu’on sorte de l’immonde
Quelque princesse mange-tout
Tout à trac elle vous inonde
De mots qui font le sang qui bout
Ainsi la muse pousse à bout
Celui qui l’aime immensément
Le poétereau marabout
En bouts-rimés à soi se ment

La bête qui monte qui monte
Elle répand son fiel partout
Jactez braillez que les mots grondent
Cette histoire à dormir debout
Tels durant le jour les hiboux
Les mots ne sortent pas souvent
Du nid Cloués mis bout à bout
On les expose aux quatre vents

Princes je ne sais quel embout
Vous mettre au juste ô Mots déments
Tirez ma langue tâtez tout
Et tout finit dans l’agrément

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Ô temps singulier
Me voici Vingt et unième siècle de l’histoire des hommes
Parti du quart de pomme où je vivais en ver
J’atteins l’immensité du progrès ouvreur de capsules
Seul un pépin résiste au bec du curvirostre
Une fourmi volontaire tord la langue au tamanoir

Ô temps irrégulier
Tu gondoles dans des palaces immergés lentement
Ta liqueur est par trop édulcorée
Mon sperme ne sera jamais plus lucide
Et le couvert sur la table comprend plusieurs couteaux d’équarisseur
L’huître baye aux corneilles sans sel et sans amour

Ô temps dérégulier
Voici ma question : nous laisseras-tu dériver
Sans placidité sans cormoran sans iceberg
Et sans nous échouer enfin sur l’île
Où le temps s’est arrêté
Et nos cœurs de battre dans la passion
De nos rêves relégués

Ô temps ô temps ô siècle vingt et un
Des assassins de l’homme

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L’HOMME LIVRÉ

Raboté jusqu’à la médulle
Vidé de son autorité
Le temps dans le dos dévidé
La peur soudée au cœur la peur
Marquant le coup de frein de l’âme
L’homme arrêté dans son parcours
Rejeté dans l’oubli total
Le viril trouvère amoureux
De l’amour abandonné seul
Comme tout nu disons à poil
Varlopé copeau de sa peau
Désossé complet de substance
L’alarmé majeur de la vie
Il mange son pain noir sans sel
L’existence sans goût le lasse
L’odeur des lendemains le choque
Et son nez de l’avenir frère
Lui prédit la mort attachée
Comme une siamoise inerte
Un greffon de toujours planté
Dans son brinquebalant squelette
Dans ses viscères et sa chair
Mais il s’éteint tout doucement
Exsangue de vitalité
Torchonné cochon tout de rose
Égratigné des sept douleurs
Replié comme une cocotte
Inutile et saboté mol
Ouvrier de sa plume orné
Découragé de son travail
Surpris par la grande cisaille
Cassé morcelé Porcelaine
Aux éléphants livrée à tort
Littéraire lithophanie
Indéchiffrable translucide
Ne livrant bien sûr que des ombres

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J’ai désappris des choses
Je ne sais plus le goût ni l’odeur
Du printemps ni des roses
Je suis mort dans le déclin des choses
J’ai pleuré sur nos destins sans causes
Je ne vois plus la mort sur la tombe
De mes parents de mes enfants
Ou de moi-même
J’ai désappris le décès qui décause
Et la femme et l’homme et tous nos sexes
Jusqu’à la fin de poésie
Jusqu’à des trous dans la terre
Jusqu’aux vers qui sont pattes de mouches
J’ai désappris la prose et pris
Dans mes rimes des poses
Je suis de ma maman
Que j’appelais mamicœucœur
Le supposé papoose abandonné
Qui ose vous donner
Un dernier baiser
Sur votre bouche rose
Et le butin de mon cœur butiné
En souvenir de mon papa
Que je dénommais mon papillon
Comme trésor de paix
Pour une éternité
Qui du bout d’une pause de la vie
M’apprendra
Que j’ai tout oublié
De mon désespoir
Enfin

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ESTHÉTIQUE

Lorsque je deviendrai ce type irrésistible
Qu’à ma lèvre la vôtre en baisers éperdus
M’offrira les saveurs d’un beau fruit comestible
Qu’à ma tempe vos doigts doux nandous répandus

Courront dans mes cheveux de mâle susceptible
Quand je serai perdu pour la vie oh ! perdu
Car vos yeux liront dans mon âme imperfectible
Comme en un livre ouvert votre amour épandu

Seulement par ta voix j’atteindrai cet ultime
État de dépendance où tu m’auras livré
Esclave de ton sexe aux parfums cuivrés

Tu viendras m’assouvir de ton intelligence
Et la tête et le corps Ton rire aux dents sublimes
Mordra dans ma beauté par désir de vengeance

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Dans le sidérant calme impact du temps qui passe
Je distingue un chat blanc écoutant tout l’espace
La ville nous atteint du bruit de ses autos
Floraison de crétins Ô monde quel pathos !
Nous n’irons plus au bois le loto est tiré
Réjouissant le pauvre aux rêves étriqués
Le vin de l’avenir ne se boit pas de suite
Quand d’un verre trop sale on se tient une cuite
Mémorable à s’offrir en un total oubli
Et la mort et la vie et la grande bibli-
Othèque de Borges ou bien de Cortázar
Car nous sommes bien sûr de ces jeux de hasard
Où l’aveugle justice est mère maquerelle
Jouant notre vertu au ciel de la marelle
Dans l’enfer et le bruit d’un monde sans espoir
Il me plaît de garder pour la soif une poire

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BALLADE DE PRIME AMOUR

Je me revois j’avais sept ans
Nous descendions ma mère et moi
La rue avec un autre enfant
Une fillette Quel émoi
C’était je crois durant le mois
De mars Le printemps juste à peine
Pointait le bout de son nez froid
J’aimerais qu’Amour me revienne

Ce souvenir bien qu’attristant
Va bien Mais qui saura pourquoi
Elle avait la douceur des faons
Dans ses yeux Il me semble Et quoi
Qu’on puisse rire Si des fois
Vous osiez sans aucune gêne
Vous moquer de mon cœur courtois
J’aimerais qu’Amour me revienne

De ses lèvres un rien mentant
Elle dit Madame De choix
Vous ne m’en laissez guère tant
Si je l’aime ou pas Eh bien soit
Que oui Autrement je déchois
Car il est si gentil Vos gènes
Ont produit poète françois
J’aimerais qu’Amour me revienne

Figurine que j’entrevois
Gâteau du Temps Fève des reines
Mine mon âge ton minois
J’aimerais qu’Amour me revienne

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