Manie en Birmanie

Inanité de tout ; les cauchemars en perce.
Je veux montrer du crime un de ses parangons.
Dès lors, arrimez bien à vos culs les Pampers !
Ça se passe en Asie : une ville : Rangoon.

Le sergent inspecteur Don Brookfields FBI
A pour mission spéciale une enquête discrète
Sur les agissements d’un cartel de Shangaï
Important en Orient des Blanches pour la traite

Il a dans son holster un Magnum P.38
Arme de qualité Il ne craint donc personne
Pourtant Don a la trouille et des relents de cuite
Prise la veille au bar dans sa tête résonnent

Un Birman pas très clair quelque peu maquereau
Dont la mère suça des centaines de bites
Sous le soleil levant et pas pour balle-peau
Lui a filé rencard en l’hôtel « Lagoon Spit »

C’est un bouge infamant un endroit clos salace
Une écurie d’Augias où frémissent les queues
Là s’arrêtent les lois aux portes de la crasse
Creuset où la luxure est le seul maître queux

Comme son nom l’indique un crachat vers la mer
Par les eaux retenu : Microbiologie
Des dénominations de l’imagerie khmère
Le patron cambodgien y donne des orgies

S’agitant au plafond pareil qu’un albatros
Un tout vieux ventilo tue le temps qu’il empale
Don se rue au comptoir avec sa mine atroce
Et commande au garçon une ale à teinte pale

L’Asiate l’attend sous un noir panama
Dans un recoin ombreux où s’agitent des blattes
Brookfields dit — en pidgin s’il vous plaît — Comment va ?
L’autre redresse un œil parsemé d’écarlate

— J’ai pour toi du nouveau, fumier d’Américain
Lance-t-il à l’agent des fédéraux services
— Et ça consiste en quoi ? rétorque Don d’entrain
Sans se troubler car il n’a rien d’un bleu novice

— Ce soir minuit on transborde un troupeau de filles
Sur le débarcadère à deux pas de ce trou
Des Blanches… — OK ! ton fric… Si jamais tu me grilles
Je te retrouverai même en enfer… C’est tout ?

— Je crois que c’est assez, mais je veux t’avertir :
Si tu rates ton coup, si grippe la machine,
On reverra ta tête ornant les champs de tir
Des barbouzes mandchous qui s’entraînent en Chine.

Cette vision horrible énerve le Yankee
Il sait qu’il est possible en n’y prenant pas garde
De crever en Orient comme un chien sans que qui-
Conque s’en effarouche autrement quand ça barde

Le ciel a basculé quand Don quitte la boîte
La pluie seule musique envahit l’extérieur
On ne voit pas un chat que la mer qui miroite
Tout là-bas un fanal blanc comme un spectre rieur

Vite une jonque approche accoste à quelques mètres
Des murmures des coups des pas précipités
Ils sont quatre dont deux armés de mitraillettes
Ils traînent trois nanas trois vraies pures beautés

Le palpitant de Don bondit dans sa paroi
Le doigt sur la détente il guette les dealers
Il ne peut intervenir tout de suite à froid
Il lui faut remonter jusqu’au bout la filière

Un véhicule noir qu’on ne distinguait pas
Fait un appel de feux vers cette triste bande
« Hurry up, girls ! » clame un des quatre salopards
Et de se diriger droit sur l’auto truande

En descend un gros lard avec de blanches guêtres
Complètement pelé et le regard baveux
Il toise le trio de filles d’un air reître
Assurément ce chnoque est un mec sans aveu

S’amène à sa hauteur une camionnette
Anodine et bâchée et de couleur grenat
Une inscription : « À l’enseigne du Dragon Net »
Sur son flanc informe de l’endroit où l’on va

La voiture démarre et nous sautons alors
Plus loin dans le récit Face à la laverie
Un appartement vide où la vue vaut de l’or
Sur les réalités de la buanderie

C’est là qu’attend Donald l’instant le plus propice
À une intervention manu militari
Il espère coincer de gros pontes et pisse
Avant ça dans l’évier un brûlant Campari

Un genre de gong retentit dans un vieux temple
C’est le signal prévu d’un secret rendez-vous
L’effarement de Don croît de plus en plus ample
Lorsqu’il voit apparaître une énorme Plymouth

Ce sont —Ah ! quelle horreur ! — des beaux États-Unis
D’Amérique l’ambassadeur et son épouse
Que la jet-society dit pourtant désunis
Les voici rassemblés pour d’obscures partouzes

Que faire ? Affreux dilemme Il faut agir quand même
D’un coup de bigophone appeler du renfort
Ou seul pétarader Ça va faire un poème
Tant pis il se décide en redresseur de torts

Il sait qu’il risque gros mais l’affaire est grandiose
Il arme son calibre et foncera dans l’tas
C’est décidé Mais Blam ! Une fenêtre explose
La porte est défoncée en bois de Calcutta

Brookfields eut une fin très lente et douloureuse
Comme on put en juger sur ce qu’on retrouva :
Ses intestins roulés autour de ses joyeuses
Et ses yeux gris acier jetés dans les gravats

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