Abri du temps c’est ma mémoire
qui veut bombarder l’avenir
les secondes font de l’histoire
avant de nous faire gésir
dans ce grand trou que l’on présume
abri du temps sans souvenirs

                     Raymond Queneau

Je me rappelle les jours de marbre
Les jours de la tombe
Quand les minutes mortes
Ont l’ennui en poussière
Quand les sanglots sont ravalés
Et le temps endurci
Je me rappelle les jours de marbre

 

Je me ressouviens de ma jeunesse
Des araignées rouges sur le béton minuscules
La vie sans y penser
Ne songeant qu’à jouer
Entièrement livré au soleil tout l’été
Ne pas se savoir soi simplement bouger toujours
Je me ressouviens de ma jeunesse

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

J’évoque avec ferveur mes rires d’autrefois
Le diamant de l’innocence
La source de mes rigolades
Toutes mes dents jaillissaient en éclats de monceaux de cristal
Le mal n’existait pas encore
Ou alors confiné dans des rêves de frémissements voulus
J’évoque avec ferveur mes rires d’autrefois

 

Je songe languissamment à mes voyages
Aux paysages de campagne et de villes traversés
Des trains ne partent plus de ma tête
Des fenêtres retiennent des enluminures
Les vaches caressantes ont des regards d’amoureuses
Tellement remplis de clochers et de ciels
Je songe languissamment à mes voyages

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

Je pense au temps qui trépasse en nos âmes
Et qui jamais ne reviendra pareil
Ce grand Plombier à tuyaux fuyants
Ce retourneur de sable fin sur des châteaux de plage
Dans les yeux des enfants je vois son œil
Ironique et cruel ainsi que fossoyeur
Je pense au temps qui trépasse en nos âmes

 

Je me souviens des jours de pluie indiscontinue
Avoir bondi dans les flaques
Avec des bottes de caoutchouc
Un parapluie en main
Quelle idée Kelly dès ce jour-là me plut
Dans Chantons sous la pluie
Je me souviens des jours de pluie indiscontinue

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

Je me remembre mes cours d’anglais
Quand vient le morne matin
Ou l’éventuel soir
Mon tailleur (de crayon) était rich (comme Claude)
Un grand acteur celui-là
Il y avait une tante appelée Winifred Quel prénom !
Je me remembre mes cours d’anglais

 

Je me remémore des mots plaisants
Des mots efficaces : matamore, forficule, chausse-trape
La langue est belle tout de même
La poésie lui enfile de jolis bas de soie
Moi je suis là pour son porte-jarretelles
Avec mon porte-plume
Je me remémore des mots plaisants

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

J’ai souvenance des traces de la guerre
En Allemagne la deuxième mondiale
Ces impacts de balles sur les murs des maisons
Vestiges nécrophiles des cadavres des jours bombardés
Bientôt cent ans auront passé depuis
Cela s’éloigne de nos sens
J’ai souvenance des traces de la guerre

 

Je me redis que j’étais beau
Il faut (faulx) garder con-fiance en soi
La laideur ne se conçoit pas dans son miroir de courtoisie
On la regarde de son face-à-main
Très loin sur la scène de la vieillesse
Demain là-bas tout au bout qui s’ébat
Je me redis que j’étais beau

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

Je ramène à ma conscience de beaux émois
Quand le cœur grandissait tout à coup
Combien nous en vécûmes de ces mers océanes
Et depuis Ô que d’écume a viané nos jours
La piscine de la Sauvenière ressemble à Molitor
Les souvenirs et les joies facilement se noient mais
Je ramène à ma conscience de beaux émois

 

Je tire de mon subconscient les traces du passé
De ma cave les fantômes et les grands crus
Ressurgissent abonnis et tire-bouchonnants
Les arômes des néants sont les plus savoureux
Ils nous guident sur les sentes des avant-hiers
Sans jamais nous ramener à rien
Je tire de mon subconscient les traces du passé

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

Je convoque du fond des limbes cérébrales
La vision première que j’eus du sexe féminin
Étrange entr’aperçu de l’entrebâillement
Intimité surprise dans l’étonnement de l’innocence
Cela se passait entre deux enfants
Furtif baiser d’une seconde bouche que
Je convoque du fond des limbes cérébrales

 

Je stoppe un instant le Tempus fugit
Pour me revoir sur mon premier vélocipède
Avec les petites roues stabilisatrices
J’ignorais que le dieu du temps fût photographe
Un éclair de magnésium pour contrer le tétanisme
Me voici arrêté si petit Menottes aux poings
Je stoppe un instant le Tempus fugit

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

J’invoque à ma table tournante un esprit
Mais ce n’est ni le Ouija
Ni le white-spirit qui me le rendra
Plus présent ni plus-que-présent
Ni plus-que-parfait même si j’avais eu jamais
Un peu de Javel ou de fiel de bœuf
J’invoque à ma table tournante un esprit

 

Je revois les coquelicots dans les fossés
Mon étonnement devant la beauté des bleuets
Le sentier mystérieux appelé la Pochette
Où le monde interdit prenait racine
L’univers mesurait au moins des kilomètres
Les dimensions n’étaient pas encore retombées
Je revois les coquelicots dans les fossés

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens

Je reviens du bout de l’antan
Le chapeau sur la tête comme un nerval pendu
Pas facile un janvier qui gèle
Aurons-nous à nouveau le plaisir des primevères
Lorsque le printemps nous aura à la bonne
Il y a du beau dans le présent
Je reviens du bout de l’antan

 

Je repasse les plis de ma tête
Les faux plis de la mémoire capricieuse
La cabrette de ma matière grise
Le front ridé la caboche cornue
Le cerveau athanor décante à profusion
En un songe amoral sous la chemise de ma peau
Je repasse les plis de ma tête

Digiprove sealCopyright secured by Digiprove © 2019 Vincent Smekens