Je ressasse en moi l’eau de mes écluses
Sur ce plan incliné de ma vie je penche
À ne plus croire à rien grand-chose
Vais-je mouiller bientôt dans un bras mort
Ou atteindrai-je enfin pourquoi pas l’océan
Vasco de Gama n’avait pas de péniche
Je ressasse en moi l’eau de mes écluses

 

Je réveille en mon cœur ce démon
Qui fait se chevaucher les aiguilles
Mais les anges sont blonds et mon temps soupesé
Que me frappent les coups de midi
Je pleure en vieil oncle Ivan dans mon divan
Rêvant de celle qui donne à l’or son brillant
Je réveille en mon cœur ce démon

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Je suscite en mes pensers le souvenir
De ceux qui ont trouvé le chemin de la mort
Sans leur présence à mes côtés
Le monde aurait bientôt disparu sans crier gare
Il est un chemin de fer du passé
Qui ne mène qu’au terminus des regrettés dont
Je suscite en mes pensers le souvenir

 

Je ressuscite les traits passés
Des belles que j’aimais
Et des moins belles qui tout autant me les cassèrent
Qu’il est frais et tendre le souvenir d’amour
Combien de temps perdu pour si peu de plaisir
Ce soir de toutes ces donzelles
Je ressuscite les traits passés

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Je ranime le petit corps noyé
De mon chérubin tombé à l’eau
Il a gâché tout son carquois
Bêtement disparus mes chers baisers volants
À ma petite maman lorsque j’aimais d’or pur
Pauvre minuscule tas d’amour pitoyable qui traîne là
Je ranime le petit corps noyé

 

Je revis à nouveau du cerveau et du muscle cardiaque
Hier au soir une vision paradisiaque
En plein théâtral spectacle
Remua de mes sentiments le tabernacle
Rayonnante auréolée Un parélie Un miracle
Elle me secoua comme Hector Andromaque
Je revis à nouveau du cerveau et du muscle cardiaque

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Je repense à la chaleur des étés
Quand la nature était de mèche
Que les merveilles naissaient à chaque coin du paysage
Le mystère existait un peu partout
Il y avait un dieu pour chaque endroit de vie
Le soleil nous aimait mieux en ce temps-là
Je repense à la chaleur des étés

 

J’ai en mémoire une contrariété
Un cheveu sur la langue un blèsement comique
Une tournure ridicule de mon jeune destin
Cela s’exprime à l’à peu près un rien à côté
Il s’agit d’un scrupule indéfinissable
Un genre de maladresse d’être
J’ai en mémoire une contrariété

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Je n’oublie pas mes pauvres parents
Eux et moi nous traversâmes
Le cours du temps
Dans le rapetissement du bonheur égaré
Que nous aurait-il fallu de plus
Que nos cœurs entre nos mains
Je n’oublie pas mes pauvres parents

 

Je ne vois plus du tout le Temps qui passe
Être presbyte me les casse
De mêlé-cass en bas de casse
Je ne vois pas ce qui te tracasse
La plupart des femmes sont des bécasses
Fricasseuses de nos carcasses
Je ne vois plus du tout le Temps qui passe

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J’ai perdu de vue mes désirs lointains
La mer reste si calme on n’y croit presque pas
Du bout de ma lunette on voit couler le ciel
On dort sur le pont tout le monde a peur
Le bateau ne bouge plus
Le vent ne veut plus de mon âme
J’ai perdu de vue mes désirs lointains

 

Je voudrais savoir ce que devient l’homme
Qui a vu l’ours qui a vu la femme et l’ourse
Tout ça ne tient pas la route
Mais les souvenirs s’estompent
Et les ours et les femmes ne racontent
Plus rien
Je voudrais savoir ce que devient l’homme

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J’aimerais retrouver l’étrange candeur
Des odeurs et des pleurs
De la chandeleur
Du notre votre leur nos vos leurs
Mais avec l’âge les raideurs
Se déplacent À bon entendeur
J’aimerais retrouver l’étrange candeur

 

J’avais en tête un petit air grisant
Un brimborion du passé qui courait dans ma vie
Peut-on jamais deviner où se musse
La poésie agathopédique
Qu’eût-il fallu pour que revinssent
Le bonheur si pâle et les chansons d’avant
J’avais en tête un petit air grisant

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Je me surprends moi-même en ce miroir
Quel est ce spectre qui me fuit
Le soleil dans le soleil s’éteint
Tiens-toi droit sous l’ombre du gnomon
Tu n’es plus qu’un point de l’infini
Tu n’es plus qu’un pâle reflet
Je me surprends moi-même en ce miroir

 

Je remonte du néant
Le sparadrap qui m’entourait un doigt
Le passé purulent se décompose
Mais pourtant nous l’aimons
Malgré ses horribles métamorphoses
Et nous suçons de notre moi toute la sanie
Je remonte du néant

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Je rêve souvent d’un monde meilleur
Mais qu’en est-il de cette vie
Les tourments de tout temps tournent dans le vent
Jamais nous ne sommes contents
Parfois on a envie de tout laisser là
Et bientôt le cimetière ou le columbarium
Je rêve souvent d’un monde meilleur

 

J’ai encore le goût dans ma bouche de la jeunesse
Une cerise bigarreau une petite merise
Quel été que la vie est belle et bonne
On n’en a pas conscience
La poésie te restera après tout ça
Comme la fin d’une bombance
J’ai encore le goût dans ma bouche de la jeunesse

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Je ravive le feu de ce beau jeune homme
Qui fut en ce temps-là intrépide et fier
Ce feu qui s’éteint doucement ce soir
On dirait qu’il couve
Il dort derrière les chenets
Et pour ne pas que sa braise s’éteigne
Je ravive le feu de ce beau jeune homme

 

Je crée l’unité du Temps
Il se diffracte et s’éparpille
Il s’use et nous dilapide
Il tue la moindre vigueur
Il suce la vitalité
Mais qu’importe de perdre après tout
Je crée l’unité du Temps

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